Résistance aux antibiotiques : la France met le paquet

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La résistance aux antibiotiques est un fléau sanitaire mondial. Avec le programme prioritaire de recherche lancé en France en 2020, les médecines humaine et vétérinaire luttent avec les experts de l’environnement contre l’antibiorésistance.


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

C’est un phénomène mondial qui ne connaît aucune frontière et constitue une menace pour la santé humaine, animale et environ­nementale.

 

Découverts durant la Seconde Guerre mondiale, les antibiotiques sont une classe de médicaments luttant très efficacement contre les infections d’origine bactérienne.

 

Un grand progrès qui a sauvé des millions de vies. Mais, du fait d’un usage excessif ou abusif d’antibiotiques, certaines bactéries ont développé des résistances à ce type de traitement.

 

La dissémination planétaire de ces bactéries résistantes est devenue, avec le temps, une menace mondiale.

 

Si rien n’est fait, en 2050, l’antibiorésistance(1) pourrait causer chaque année la mort de 10 millions de personnes atteintes de maladies infectieuses d’origine bactérienne (comme la pneumonie, la tuberculose, les méningites ou encore les septicémies) et devenir la première cause de mortalité dans le monde(2), devant le cancer. Chaque année, dans notre pays, 5 500 personnes en sont d’ores et déjà victimes(3).

 

Une seule santé

Face à ces prévisions, la France se dote actuellement d’un programme prioritaire de recherche (PPR) ambitieux, qui bénéficiera de 40 millions d’euros de crédits de l’État sur dix ans.

 

Avec l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) comme pilote scientifique, le PPR Antibiorésistance fédère – et c’est une première – les communautés scientifiques de divers horizons.

 

Car la spécificité de l’antibiorésistance est qu’elle ne concerne pas que l’être humain. Les bactéries résistantes se diffusent entre les humains, les animaux et l’environnement, et imposent des stratégies de lutte interdisciplinaires : c’est l’approche Une seule santé.

 

Depuis la découverte du premier antibiotique, la pénicilline en 1928 par le Britannique Alexander Fleming, les antibiotiques ont permis de faire considérablement reculer la mortalité due aux maladies infectieuses.

 

Mais il s’est avéré que, à l’usage, les bactéries exposées aux antibiotiques mutent et développent des mécanismes de défense pouvant les rendre résistantes. Une fois cette résistance apparue, elle se propage d’homme à homme, mais aussi entre l’homme et l’animal et jusque dans l’environnement et les écosystèmes (l’eau, la terre et les aliments, par exemple).

 

C’est ainsi que la tuberculose, causant 5 000 décès chaque jour dans le monde(4), est devenue de plus en plus difficile à soigner. Pour certains patients, c’est l’impasse thérapeutique.

 

Vers un nouvel arsenal thérapeutique ?

En actionnant tous les leviers de la recherche, le PPR Antibiorésistance a pour mission d’explorer de nouvelles stratégies pour réduire la résistance aux antibiotiques. Il s’est ainsi fixé quatre défis.

 

Le premier consiste à mieux comprendre les dynamiques d’émergence et de propagation des résistances pour mieux les contrôler.

 

Le deuxième vise à optimiser l’usage des antibiotiques en médecines humaine et vétérinaire pour améliorer leur efficacité et limiter leurs conséquences indésirables.

 

Le troisième objectif consiste à étudier les déterminants pesant sur la prescription et l’usage des antibiotiques.

 

Enfin, le quatrième et dernier axe du PPR concerne l’innovation thérapeutique. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles pistes de traitements, dont l’utilisation ne provoque pas ou peu de résistance. Ainsi, de nouvelles molécules antibiotiques pourraient être identifiées, des molécules déjà connues pourraient être recombinées, et l’immunothérapie(6), la phagothérapie(7) ou la transplantation de microbiote fécal(8) pourraient offrir des alternatives aux antibiotiques… Et gagner leurs lettres de noblesse.
 


Quelques reflexes  

 

Dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques, chacun a un rôle à jouer.

 

Les règles à suivre : renoncer à l’automédication avec un reliquat d’antibiotiques prescrits précédemment, rapporter les plaquettes entamées en pharmacie et ne pas partager ses antibiotiques avec ses proches.

 

Enfin, faites confiance à votre médecin et n’insistez pas lorsqu’il estime qu’un traitement antibiotique n’est pas approprié.

 

3 questions à…

 

Jean-Yves Madec, directeur scientifique national Antibiorésistance à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

 

Quelle est la consommation d’antibiotiques en France ?
En 2018, en France, 728 tonnes d’antibiotiques ont été consommées pour l’homme et 471 pour l’animal. La prescription en médecine vétérinaire est très encadrée : elle a fortement baissé. En médecine humaine, la liberté de prescription des médecins est la règle et la courbe stagne.

 

Comment se propagent les bactéries résistantes dans les milieux naturels ?
Il existe des réservoirs d’antibiotiques et de bactéries résistantes en aval des points de consommation massifs comme les hôpitaux ou les élevages intensifs.
La contamination des milieux naturels par l’eau est parfois difficile à tracer : c’est le propre des milieux ouverts, avec les effets de dilution induits par les orages, l’absorption dans les sols…

 

Le PPR a adopté l’approche « Une seule santé ». Qu’est-ce que cela signifie ?
L’interdisciplinarité est désormais la règle. Le PPR embarque des médecins et des vétérinaires, mais aussi des spécialistes de l’environnement, des sociologues, des anthropologues...

 

Notes
1. Sources : https://amr-review.org
2. Sources : Organisation mondiale de la santé.
3. Sources : Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.
4. Sources : Institut Pasteur.
5. L’immunothérapie provoque ou renforce l’immunité de l’organisme par injection d’anticorps ou d’antigènes.
6. La phagothérapie utilise des phages, virus prédateurs naturels des bactéries.
7. Ou greffe fécale.


À lire aussi
L’observance thérapeutique : l’adéquation entre un traitement et sa prise

 

 

A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Candice Leblanc
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 01/03/2012

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