L’observance thérapeutique : l’adéquation entre un traitement et sa prise

observance thérapeutique

L’observance thérapeutique désigne la capacité d’un patient à suivre correctement le traitement qui lui a été prescrit. Si l’on constate une inobservance moyenne de 50 à 60 % en France, il existe de nombreux leviers sur lesquels jouer pour, avec, en jeu, une véritable question de santé publique.


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

Définition de l’observance thérapeutique

Le concept d’observance thérapeutique est loin d’être récent, puisque ce terme est apparu dans les années 70. Il s’agit de l’étude de la cohérence entre le traitement prescrit à un patient, et la capacité de ce dernier à respecter la prescription, tant dans la durée que dans la posologie. Si l’on associe facilement à un traitement médicamenteux, elle s’observe aussi dans les cas de psychothérapie, de physiothérapie, etc. Elle concerne donc tout programme thérapeutique proposé à un patient. Selon le profil du patient et le type de traitement, on peut avoir une observance totale, partielle ou nulle.

 

Si le terme d’observance thérapeutique est de nos jours très utilisé, on a tendance à l’utiliser à tort pour parler de l’adhérence thérapeutique. Le premier désigne la capacité du patient à suivre sa prescription, quand le second va désigner l’adéquation entre le comportement du patient et les recommandations du médecin : est-ce que le patient suit les conseils du médecin quant à l’hygiène de vie ? Est-ce que le patient comprend son traitement et est motivé à le suivre ? Ces questions sont en réalité des problématiques d’adhésion thérapeutique.

 

Une question de santé majeure, suivie de près par l’OMS

Etat des lieux en France

Jusqu’au début des années 2000, la question de l’observance thérapeuthique était peu soulevée. Encore aujourd’hui, peu d’études permettent de mesurer son ampleur en France, notamment car les informations nécessaires sont très difficiles à recueillir. Pour autant, quelques études permettent de se représenter en partie l’incidence qu'elle peut avoir quand elle n'est pas respectée.

 

Les travaux de Arnoux LA*, dans sa thèse de Doctorat de Pharmacie et DES à l’Université de Lorraine, tendent à identifier les taux d’observance médicamenteuse moyenne par type de pathologie :

  • 60 à 70 % pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

  • 30 à 40 % pour les patients adultes atteints d’asthme

  • 55 à 71 % pour les maladies rhumatologiques

  • 72 % chez les patients atteints d’épilepsie

 

En parallèle, l’étude issue du CRIP réalisée par IMSHealth en France montre une inobservance de l’ordre de 60 % en moyenne, tous types de pathologie confondus. Dans le même temps, l’OMS s’est emparée du problème, et constate qu'elle atteint 50 % dans les pays développés.

Les 5 facteurs d’influence selon l’OMS

Pour essayer d’identifier les leviers sur lesquels agir afin d’améliorer le respect du traitement prescrit, l’OMS a identifié 5 facteurs d’influence: 

  • Les facteurs socio-économiques du patient et de son environnement, dont l’accès aux soins (médicaments coûteux, thérapies remboursées, ou non)

  • Les facteurs liés au système de soins et de ses acteurs, et notamment l’aspect relationnel entre le patient et ses thérapeutes, ainsi que son pharmacien

  • Les facteurs liés au niveau d’éducation du patient, à ses croyances, à sa capacité à comprendre le programme thérapeutique qui lui est proposé et à l’appliquer

  • Les facteurs liés à la pathologie en elle-même, et les difficultés engendrées par la maladie

  • Les facteurs relatifs au traitement médicamenteux, notamment aux effets indésirables possibles

 

On constate par exemple que certains publics, comme les personnes âgées ou les patients suivis pour troubles psychologiques, présentent des taux d’observance plus faibles que la moyenne. En cause, des difficultés à ouvrir les conditionnements, à se rappeler de la posologie, et une tendance à oublier la prise des médicaments.
 

Quels impacts sur la santé ?

Une faible observance thérapeutique massive peut avoir plusieurs impacts :

  • Un risque pour les patients de voir leur maladie s’aggraver, d’être basculé sur un traitement plus agressif – et donc avec plus d’effets secondaires possibles – et un risque de mortalité accru.

  • Des conséquences épidémiologiques autour des maladies infectieuses, causées par une faible observance aux traitements antibiotiques ou à la vaccination.

  • Un impact économique lourd, puisque l’IMS estime que la mauvaise observance en France représente un coût de neuf milliards d’euros. En cause, le gaspillage de médicaments, le coût d’une prise en charge ultérieure de patients incorrectement traités, la tendance à prescrire des médicaments plus agressifs, et souvent plus coûteux, pour compenser.
     

Comment limiter l’inobservance thérapeutique ?

Pour la limiter, il est nécessaire d’agir auprès du patient, de tenir compte des caractéristiques de sa pathologie et du traitement, mais aussi d’agir sur son environnement :

  • Informer les patients, leur donner des informations fiables sur leur pathologie, sur leur traitement, faire preuve de pédagogie, pour qu’ils comprennent pourquoi il est crucial de bien suivre soon traitement et comment le suivre au mieux ;

  • Former les professionnels de santé pour mieux communiquer sur le sujet et la favoriser dans leurs échanges avec les patients. Il est nécessaire d’être à l’écoute du patient pour mieux comprendre ses freins à la prise du traitement. Le médecin traitant et le pharmacien peuvent proposer des solutions, des outils, ainsi qu’un suivi, par exemple, avec un pilulier, un carnet de suivi, ou la mise en place d’un bilan partagé de médication. Ce dernier est un dispositif dédié aux plus de 65 ans polymédiqués, grâce auquel patient, médecin et pharmacien peuvent échanger sur le traitement. L’objectif ? Déceler les difficultés rencontrées par le malade dans la prise de sa médication, pour l’adapter au mieux (dosage, forme du traitement, régularité) afin d’améliorer l’observance thérapeutique.

  • Sensibiliser les associations et l’entourage des patients pour motiver les patients, détecter les difficultés rencontrées dans la prise du traitement, pour mieux les remonter aux professionnels de santé.

 

Si dans les cas de maladies chroniques, chez les seniors, les personnes atteintes de troubles mentaux ou chez les patients polymédiqués, des difficultés peuvent être rencontrées, n’hésitez pas à vous tourner vers votre pharmacien et votre médecin traitant. Des solutions quant à la nature du traitement, la posologie, la voie d’administration, ou les effets indésirables peuvent être trouvées. L’essentiel est de faire remonter le problème sans attendre.

 

*Arnoux LA. Conception d’ateliers pédagogiques transversaux d’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP) sur le thème du médicament : D’une déclinaison pour différentes pathologies à la création d’un module de formation des étudiants de Pharmacie à la pratique des entretiens pharmaceutiques et de l’ETP. Thèse Doctorat de pharmacie et DES. Université Lorraine ; soutenue 1 octobre 2014.

 

Lire aussi: 

Le bilan partagé de médication : qu’est-ce que c’est ?

 

Sources :

Organisation mondiale de la Santé

Information presse du Cercle de réflexion sur l’industrie pharmaceutique

blogensante.fr

Mieux vivre avec la Sep

Revue des Maladies Respiratoires - Vol 22, N° 1 - février 2005

Infirmiers.com

 

A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 09/03/2020

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