Médicament connecté : Vers des traitements 3.0 ?

Tout savoir sur les médicaments connectés
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Le tout premier médicament connecté - une pilule équipée d’un capteur d’ingestion - vient d’être autorisé aux États-Unis pour tracer le suivi d’un traitement de la schizophrénie. Acte 1 d’une nouvelle ère pour la médecine augmentée ?


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

Pourquoi un médicament connecté ?

Neuf milliards d’euros (1), c’est le coût annuel, en France, du non-respect des traitements prescrits pour les six maladies chroniques les plus répandues, dont le diabète et l’hypertension. Complications, hospitalisations à répétition, opérations non prévues : les conséquences médicales et financières de ce qu’on appelle la «non observance» sont lourdes. Environ 50% des médicaments anticholestérol, antihypertenseurs ou antidiabétiques oraux ne sont tout bonnement pas pris (2) et finissent par se périmer dans l’armoire à pharmacie.

Même les traitements pouvant sauver une vie ne sont pas toujours suivis : c’est le cas des antirejets de greffes, pour lesquels l’inobservance atteindrait entre 10 et 20% (3).
Dans ce contexte, l’idée d’un comprimé « embarquant » un capteur pour attester de sa prise effective paraît plutôt judicieuse. C’est le principe retenu dans le premier médicament connecté, disposant d’une autorisation de mise sur le marché depuis novembre 2017 aux États-Unis.

 

Une meilleure observance avec les médicaments connectés ?

Ce médicament, développé par un laboratoire japonais, est prescrit, sur la base du volontariat, aux personnes atteintes de schizophrénie ou de troubles bipolaires. Toute interruption de prise entraînant un risque de rechute, il est important de surveiller la bonne prise de ces traitements par les patients. Le procédé est astucieux : une micropuce de la taille d’un grain de sable insérée dans chaque comprimé. Quand le patient ingère le médicament, et au contact des sucs gastriques acides de l’estomac, le capteur est activé ; il émet un signal électrique enregistré par un récepteur collé sur l’abdomen du patient. Ce « patch » enregistre le jour et l’heure de l’ingestion du médicament. Le patient peut partager ces données via son smartphone avec son médecin et jusqu’à quatre autres membres de son entourage.
La Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, espère que cette innovation favorisera une meilleure observance des traitements(4). Mais elle reconnaît que rien ne permet pour l’instant de le prouver.

 

Un outil de surveillance connecté ?

Le système suscite par ailleurs de nombreux questionnements éthiques. Quelles sont les limites à une surveillance exercée sur les malades par leur médecin et leur entourage ? Quelles garanties quant à la sécurité des données collectées ? Quelle protection des patients contre leur réutilisation à des fins commerciales ciblées ? Autre possibilité : les assureurs pourraient s’emparer de ce « mouchard digital » pour surveiller leurs assurés et conditionner le remboursement au bon suivi de leur traitement. En France, à l’arrivée sur le marché d’appareils respiratoires connectés contre l’apnée du sommeil, en 2014, l’Assurance maladie avait tenté de conditionner leur prise en charge à leur utilisation régulière. Mais cette démarche fut déboutée par le Conseil d’État.
Pas sûr que cette position de principe reste tenable à l’avenir : le médicament connecté représente en effet un énorme potentiel d’économies pour les assurances santé.


Quel avenir pour les médicaments connectés ?


Hormis le suivi de l’observance des traitements, quels pourraient être les autres usages du médicament connecté ? On peut imaginer qu’il autorise la surveillance du dosage des médicaments postopératoires, en particulier les antidouleurs les plus forts comme la morphine. Ou encore qu’il permette de mieux contrôler les essais cliniques de futurs médicaments.
Pour Antoine Poignant, cofondateur de l’association française Connected Doctors, qui promeut les nouveaux usages technologiques et digitaux au service de la pratique médicale, « Logiquement, le médicament connecté devrait se développer là où l’inobservance fait courir un risque vital au patient : par exemple, s’il ne prend pas son antirejet après une greffe. Le mauvais suivi des traitements a également des conséquences financières importantes, car il implique, par exemple, un risque de rechute ».
Contrairement aux États-Unis, où les données de santé individuelles peuvent être commercialisées, la France a une législation particulièrement protectrice concernant les données. Avec le RGPD(5), qui s’applique désormais dans tous les pays de l’Union européenne, les usages possibles du médicament connecté n’ont pas fi ni de faire débat.

 

2 questions à…

Antoine Poignant, médecin urgentiste et cofondateur de l’association Connected Doctors.


Le médicament connecté, est-ce la médecine de demain ?

On s’oriente vers une « transparence » toujours plus grande du corps humain. Les objets connectés vont devenir plus invasifs : on va passer des wearables (les objets portés sur le corps, comme les montres connectées) aux insidables, des capteurs implantés. Il y aura ainsi bientôt sur le marché des capteurs implantables sous la peau de l’avant-bras des patients diabétiques, mesurant et partageant leur glycémie en temps réel.

 

À quelles conditions le médicament connecté a-t-il une chance de « percer » en France ?

Comme toujours, c’est le bénéfice d’usage qui fera la différence. En santé publique, c’est l’offre qui crée la demande. Si le médicament connecté est disponible et remboursé, il est probable qu’il sera utilisé. Savoir à distance si un proche âgé prend bien son médicament, par exemple, peut rassurer sa famille. Mais c’est tout un écosystème de données de santé qu’il faut créer autour du patient.
Par exemple pour que les médecins puissent facilement y accéder à partir de leurs logiciels habituels.

Reste la question de fond : un médicament connecté suffira-t-il à rendre les patients plus « observants » ?

 

Le conseil du pharmacien 

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Sources 

(1) « Améliorer l’observance : traiter mieux et moins cher », étude IMS Health-CRIP (Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique).

(2) Organisation mondiale de la santé.
(3) « Améliorer l’observance en transplantation rénale », Michèle Kessler, Service de néphrologie du CHU de Nancy, Ligue Rein et Santé.
(4) Ce dispositif ne suit pas l’ingestion en temps réel : la transmission des informations peut prendre quelques heures.
(5) Règlement général sur la protection des données. Cette réglementation européenne de protection des données est entrée en vigueur le 25 mai 2018

 

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A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 23/01/2019

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