Nouveau traitement de la migraine, bientôt la fin du mal de tête ?

Quels traitements pour la migraine ?

L’actualité de la recherche sur le traitement de la migraine donne de nouveaux espoirs. Éclairage sur deux découvertes majeures, qui ouvrent la voie à de futurs traitements préventifs. 12¬% des Français âgés de 18 à 65¬ans sont sujets à la migraine (1).


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

Migraine, vers une meilleure compréhension

Une douleur qui « pulse », aggravée par l’effort. Des crises précédées d’auras (troubles de la vision, de la perception ou du langage). Des nausées, une hypersensibilité à la lumière ou au bruit. Bien différente du banal mal de tête, la migraine est la troisième maladie la plus répandue au monde.

Pour les personnes concernées - trois femmes pour un homme (1) -, les conséquences sont parfois lourdes sur la vie quotidienne. Or les recherches en cours sur le sujet sont particulièrement prolifiques. De récentes découvertes permettent en effet de mieux comprendre et de décrypter les mécanismes du « mal de tête ». Mais aussi d’ouvrir des pistes prometteuses vers de nouveaux traitements de fond de la migraine, plus efficaces et mieux tolérés que ceux actuellement prescrits.

 

De nouvelles pistes très prometteuses de traitement

Dans les années 1940, les scientifiques américains Bronson Ray et Harold Wolff avaient découvert que la stimulation de la dure-mère - notre méninge (membrane qui entoure le système nerveux central) la plus dure et la plus externe - était la seule partie du cerveau sensible à la douleur. Cette idée vient d’être battue en brèche par une étude coordonnée par le Pr Denys Fontaine, du CHU de Nice, avec la Fédération hospitalo-universitaire InovPain (2), fondée sur la neurochirurgie éveillée. Il s’agit d’une technique utilisée pour éviter que l’ablation d’une tumeur endommage des zones utiles du cerveau.
En demandant à leurs patients de décrire les sensations associées à leurs gestes, les chirurgiens se sont aperçus que la pie-mère  - la membrane la plus fine et la plus interne du cerveau - causait également des douleurs similaires à la migraine : au niveau des orbites des yeux, des tempes...

 

Une autre « zone » du cerveau associée à la migraine

Les personnes migraineuses souffrent-elles aussi au niveau de la pie-mère ? Les patients souffrant des migraines les plus sévères ont-ils une pie-mère plus sensible à la stimulation ? Quels sont les récepteurs de la douleur à cibler au niveau de la pie-mère ? Telles sont les questions que les chercheurs vont désormais devoir résoudre. Avec, en ligne de mire, un objectif : mettre au point de nouveaux traitements, ciblés sur de nouveaux récepteurs.

 

Un taux d’abandon des traitements de la migraine élevé

En France, à ce jour, il existe deux types de traitements :

  • les traitements de crises : à base de triptans et d’anti-inflammatoires, principalement,

  • et les traitements de fond, qui ont pour but de réduire la fréquence et la sévérité des crises.

 

Les médicaments actuellement proposés en France pour le traitement de fond des personnes migraineuses sont en fait détournés de leur indication originelle. Il s’agit de bétabloquants - conçus pour lutter contre la tension artérielle -, d’antiépileptiques et d’antidépresseurs. Or ces traitements présentent des effets indésirables, bénins mais gênants : effet sédatif, difficultés cognitives, troubles digestifs, prise de poids… D’où un constat élevé de taux d’abandon de ces traitements : entre 25 et 40_% au CHU de Nice, suivant les molécules concernées.


Vers un nouveau traitement préventif de la migraine ?

Un nouveau type de traitement préventif devrait être prochainement disponible en France. Une fois par mois, celui-ci est directement administré par les patients eux-mêmes, au moyen d’un stylo à injection, il bloque l’action du CGRP (3), un petit peptide responsable de l’inflammation et de la vasodilatation dans le cerveau, deux mécanismes qui déclenchent la crise migraineuse au niveau des orbites. Le produit réduit la fréquence des crises au moins de moitié dans 50 à 60% des cas.
Plus efficace que les traitements existants, il a une action prolongée, sans effet indésirable. Une aubaine pour les migraineux chroniques, qui subissent de fréquents échecs thérapeutiques.

 

Des molécules prochainement disponibles en France

Trois molécules ont déjà été approuvées par les autorités sanitaires américaines. Deux d’entre elles - érénumab et galcanézumab - ont obtenu une autorisation de mise sur le marché en Europe. Elles devraient faire leur entrée sur le marché français courant 2019, une fois déterminées leurs modalités de remboursement. Car ces traitements coûtent cher : entre 600 et 1 200 euros par mois. Il est donc probable qu’ils ne seront proposés qu’aux patients les plus difficiles à traiter, pour qui l’espoir renaît grâce à ces découvertes.

Le site web de la Société française d’études des migraines et céphalées décrypte toute l’actualité scientifique liée à la migraine. Une mine d’informations : www.sfemc.fr


3 questions au Dr Michel Lantéri-Minet, neurologue au CHU de Nice

Découvrir une nouvelle zone sensible à la douleur dans le cerveau, est-ce un moment important ?

Depuis 70 ans, il existait un consensus médical pour considérer que les seules parties du cerveau sensibles à la douleur étaient les vaisseaux sanguins et la dure-mère, enveloppe dure et très vascularisée tapissant la voûte externe et la base du crâne. On sait désormais que, stimulée mécaniquement, la pie-mère – méninge fine couvrant les circonvolutions et les sillons de l’intérieur du cerveau – est également source de douleurs. C’est un dogme qui tombe.

 

Que va-t-il se passer maintenant ?

Les chercheurs vont devoir déterminer si ces douleurs au niveau de la pie-mère sont liées à un terrain migraineux. Et si la répétition des crises de migraine sévères aggrave ces douleurs. Pour cela, il va falloir généraliser la mesure et la cartographie des douleurs lors des chirurgies sur patients éveillés, si possible à l’échelle de l’Europe.

 

Est-ce une voie ouverte vers de nouveaux traitements contre la migraine?

C’est probable. La détection de ces mécanismes douloureux ouvre de larges perspectives pour mettre au point des traitements contre les maux de tête.

 

Sources

(1) Inserm. De plus, une étude a démontré que les œstrogènes affectent les cellules autour du nerf trijumeau et les vaisseaux sanguins connectés dans la tête : TRP Channels as Potential Targets for Sex-Related Differences in Migraine Pain - Frontiers in Molecular Biosciences, août 2018.

(2) Brain, a journal of neurology, Oxford Academic, janvier 2018.
(3) Calcitonin Gene-Related Pew.

 

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A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 30/04/2019

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