Maladie d’Alzheimer : le défi de la prévention

Stimuler son cerveau pour prévenir Alzheimer

La maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité. C’est en tout cas l’espoir suscité par des travaux scientifiques de plus en plus nombreux, qui montrent que la prévention peut faire reculer la maladie. Et cela à tout âge.


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

Une nouvelle personne atteinte toutes les trois secondes dans le monde : la maladie d’Alzheimer fait peur. D’autant que ce déclin graduel des capacités mentales est inexorable et qu’il n’existe pour l’heure aucun traitement efficace le stoppant.

Tandis que les travaux scientifiques se poursuivent autour de futurs traitements curatifs, c’est du côté de la prévention que vient l’espoir, à court terme. Les facteurs environnementaux, dont beaucoup sont liés à notre mode de vie, joueraient en effet un rôle non négligeable dans 30 à 40 % des cas. La prévention est donc efficace à tout âge, même avancé.

 

Alzheimer : où en sont les recherches scientifiques ?

Parviendra-t-on un jour à guérir la maladie d’Alzheimer ? Alors que, depuis des années, la plupart des essais cliniques sur de potentiels nouveaux médicaments faisaient long feu, un réel espoir renaît suite à une annonce faite en octobre dernier. Le laboratoire américain Biogen affirme en effet avoir testé avec succès un médicament qui, pour la première fois, diminue les symptômes de la maladie, c’est-à-dire les troubles cognitifs – la mémoire, le langage, l’orientation spatiale – avec une amélioration de l’ordre de 23 %(1).

 

Traiter avant la démence

« Jusqu’ici, les médicaments testés agissaient sur les lésions dans le cerveau, mais restaient sans effet sur les symptômes, donc sur la qualité de vie des patients », explique le Pr Bruno Dubois, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris(2). « L’espoir formidable que font naître ces résultats récents concerne les patients dans une phase précoce de la maladie. Cela ouvre des perspectives prometteuses pour traiter préventivement les personnes au stade d’avant la démence. » Un stade que le Pr Dubois nomme « prodromal », avec des lésions cérébrales déjà existantes et de discrets signes avant-coureurs, mais sans certitude quant à l’évolution éventuelle de la maladie. « Si l’on traite les patients présentant déjà les symptômes de la maladie, on ne pourra sans doute pas revenir en arrière. Il faut soigner les gens avant qu’ils ne soient trop malades », explique-t-il.

 

Évaluer son risque

Le Pr Dubois rêve d’une « clinique du risque », où un algorithme prédictif (encore à mettre au point) permettrait aux personnes à haut risque de faire évaluer l’intensité de celui-ci. Qui sont les personnes à haut risque d’Alzheimer ? Leur profil n’est pas encore clairement défini. Mais on dispose de plusieurs pistes : un hippocampe de volume plus faible que la moyenne (l’hippocampe est le siège de la mémoire dans le cerveau) ou bien l’accumulation dans l’organisme d’une protéine spécifique (l’alipoprotéine de type 4). Une chose est sûre : dans la maladie d’Alzheimer, l’apparition de lésions cérébrales(3) précède souvent de plusieurs années les symptômes de démence. Et le fait d’avoir des lésions ne suffit pas à annoncer l’arrivée de la maladie. À la Pitié-Salpêtrière, une équipe de chercheurs a ainsi suivi 318 personnes âgées en bonne santé – moyenne d’âge : 76 ans – dont 28 % présentaient déjà des lésions cérébrales(4). Cinq ans après, seules 10 des 88 personnes « avec lésions » ont effectivement développé la maladie d’Alzheimer. Entretenir la vascularisation du cerveau, pour que ce dernier compense le plus longtemps possible les lésions qu’il subit, c’est tout l’enjeu des stratégies de prévention sur lesquelles planchent les chercheurs. Mais chacun peut agir aussi à son niveau.

 

Plasticité cérébrale à tout âge

La maladie d’Alzheimer dépend en partie de facteurs de risque que l’on ne peut pas contrôler. Comme le sexe : les femmes sont plus touchées que les hommes. Ou encore l’avancée en âge : 5 % de cas à 65 ans, 40 % chez la femme de plus de 90 ans(4).

 

Mais il est possible, à tout âge, d’exploiter la plasticité cérébrale pour établir de nouveaux circuits de neurones. C’est ce que le neuropsychiatre Boris Cyrulnik appelle la « résilience », possible selon lui jusque chez les malades Alzheimer. Les récits de vie, les photos qu’on commente, les chansons, les ateliers mémoire rallument ainsi des « braises de résilience » qui ne demandent qu’à être réveillées.

 

La prévention d’Alzheimer au quotidien

Une bonne santé cardiovasculaire pour prévenir Alzheimer

Une mauvaise santé cardio-vasculaire a un impact très négatif sur le cerveau. On agit donc contre la maladie d’Alzheimer lorsqu’on met sous contrôle son hypertension artérielle, son excès de cholestérol, un taux anormalement élevé de triglycérides dans son sang, ou encore son diabète.

Pour anticiper la maladie d’Alzheimer : Bougez !

Marcher, faire du jardinage, danser ou pédaler régulièrement réduirait de 20 % le risque de démence de type Alzheimer. Les personnes âgées les plus actives physiquement présentent le plus fort volume de matière grise dans le cerveau : c’est ce que montre une étude publiée en 2016(5). Et cela, quelle que soit l’activité choisie.

Alzheimer : stimulez votre cerveau

Il est notable que les symptômes de la maladie d’Alzheimer apparaissent plus tard chez les personnes ayant suivi des études longues. Mots croisés, sudoku, jeux de société, lecture, voyages, nouveaux apprentissages… Toute activité stimulant la mémoire, la logique ou la réflexion, pratiquée régulièrement, est bon exercice et semble jouer un rôle bénéfique dans la prévention d'Alzheimer. L’explication ? Il se développe dans le cerveau un réseau plus dense de connexions neuronales, qui compense mieux les pertes liées à la maladie. En effet, pour le cerveau, travailler, c’est la santé ! Une étude de l’Inserm de 2013 a même révélé que repousser l’âge de la retraite diminuerait le risque d’être atteint de la maladie d’Alzheimer (3 % par an pour chaque année de travail en plus).

Une vie sociale active aide à prévenir la maladie d’Alzheimer

Vivre en couple, voir sa famille ou ses amis, avoir une vie associative… Interagir avec autrui permet d’entretenir sa « plasticité cérébrale ». Ainsi, les liens humains enrichissants retardent l’apparition des premiers symptômes et leur sévérité. À partir de l’âge de 45 ans, il est important de dépister la perte d’audition. Et de ne pas hésiter à s’appareiller, si nécessaire. Car ne plus entendre correctement, c’est se désengager socialement et perdre rapidement en densité de connexions neuronales. Onze études scientifiques ont déjà mis en avant le lien entre presbyacousie et déclin mental à long terme.(6)

La prévention passe aussi par l’alimentation !

Quels aliments consommer pour prévenir la maladie d'Alzheimer ?
Le régime alimentaire méditerranéen semble également avoir un effet protecteur sur le déclin cognitif. Le suivre diminuerait ainsi de 54 % le risque de développer la maladie d’Alzheimer(7). On inscrit donc au menu, huile d’olive, fruits (notamment les baies), légumes (en particulier ceux à feuilles vertes), noix, noisettes, amandes, céréales complètes, poissons et volailles en petite quantité.

 

 

2 questions à…

Véronique Lefebvre des Noëttes, médecin psychiatre, gériatre, docteur en philosophie pratique et éthique, directrice de l’hôpital Émile-Roux(1).

 

Pour prévenir la maladie d’Alzheimer, il faut agir tôt, dites-vous. Comment ?

Il est prouvé qu’agir sur les facteurs de risque cardiovasculaire dès 45 ans diminue de 30 % la survenue de la maladie d’Alzheimer, notamment chez les femmes, plus touchées(2). Ainsi, faire contrôler son hypertension, son diabète de type 2, son cholestérol, son surpoids ou sa consommation de tabac est essentiel. Il est capital aussi de lutter contre ce qui accélère le déclin cognitif. Donc se faire appareiller en cas de perte auditive, éviter la sédentarité en promenant son animal par exemple, garder une vie sociale, traiter la dépression et ne pas consommer sur le long terme(3) somnifères et calmants, à l’effet amnésiant(4).

 

Quand les premiers symptômes se manifestent, peut-on encore agir ?

Les personnes démentes ne sont pas « sans esprit »(5). Si elles finissent par ne plus reconnaître leurs proches, elles sont, jusqu’au bout, capables de petites perceptions liées à leur mémoire enfouie, émotionnelle et sensorielle. Ce qui plaide pour une prise en charge globale, incluant par exemple l’art-thérapie, pour gagner des années de vie meilleure.

 

Notes :

1- Hôpital où sont accueillies 1 000 personnes âgées, dont 80 % de malades Alzheimer.

2- Sur 25 malades, on compte 10 hommes et 15 femmes. Source : INSERM. 

3- C’est-à-dire plus de 3 mois d’affilée.

4- Les médicaments de la classe des benzodiazépines.

5- Étymologiquement, « dément » signifie « dénué d’esprit, de raison ». 

 

 

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Sources

1- Études ENGAGE et EMERGE menées par les laboratoires Biogen et Eisai.

2- Directeur de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer, le Pr Bruno Dubois est l’auteur du livre Alzheimer : la vérité sur la maladie du siècle, paru chez Grasset en septembre 2019.

3- Les lésions associées à la suspicion de maladie d’Alzheimer sont de deux ordres : les plaques amyloïdes que l’on retrouve entre les neurones, et la dégénérescence neurofibrillaire que l’on retrouve à l’intérieur des neurones.

4-  Dr Véronique Lefebvre des Noëttes

5- Longitudinal relationships between caloric expenditure and gray matter in the cardiovacular health study, mars 2016

6- Aging & mental health et Journal of the American Medical Association, étude du Pr Frank Lin , 2013

7- Étude Paquid (personne âgée quid) - INSERM U 897 - Épidémiologie et bio-statistiques, Bordeaux, 2013.
 

A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 27/04/2020

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