VIH : vers des traitements de guérison

Vaccin contre le SIDA

La recherche sur le virus du sida n’a pas dit son dernier mot. Quarante ans après la découverte du VIH, si 37 millions de personnes vivent encore avec le virus et seulement 40 % sont traitées, en guérir est un horizon possible à moyen terme.


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

Le sida ne fait heureusement plus la une de la presse à sensation. Il est loin le temps de l’hécatombe des années 80 : le VIH est devenu une maladie chronique avec laquelle on peut cohabiter au quotidien à l’échelle d’une vie. La trithérapie, traitement de référence des personnes séropositives, se montre en effet efficace pour contrôler la réplication du virus et sa transmission. Mais elle n’élimine pas le virus et ne guérit donc pas l’infection.

Traiter les effets de l’infection au VIH

Pour les chercheurs, il reste dès lors beaucoup de défis à relever. Première piste suivie en recherche : trouver les possibles moyens de traiter les méfaits du VIH sur l’organisme.

 

Quand le VIH infecte un individu, il endommage le système immunitaire en quelques semaines. Il induit également une inflammation chronique qui est responsable du basculement de la séropositivité à la maladie du sida. Or cette inflammation persiste, même chez les personnes traitées, et les rend plus susceptibles de développer d’autres maladies comme un cancer, des maladies cardiovasculaires et du diabète.

 

« Pour trouver des parades à cette inflammation chronique, l’étude des singes verts d’Afrique est d’une grande utilité », explique Michaela Müller-Trutwin, tête de file de la recherche fondamentale sur le VIH en France. « Principaux réservoirs naturels du VIH en nombre, ces singes sont en effet infectés mais ne tombent pas malades. Ils offrent donc un modèle précieux pour comprendre en particulier comment l’hôte peut se protéger des dommages causés par le virus dans les ganglions lymphatiques. Ces ganglions sont des sites importants de production d’anticorps et jouent par conséquent un rôle clé dans la capacité du corps à se défendre. »

 

La piste de l’immunité innée

Une seconde piste pour les chercheurs a été fournie par les rares cas de patients qui, de manière surprenante, contrôlent eux-mêmes le VIH après arrêt du traitement (ils sont alors en rémission).

 

« Ces “contrôleurs du VIH” apportent la preuve que le système immunitaire humain peut, dans certaines conditions, contrer le virus, résume Michaela Müller-Trutwin. Il semble que des cellules tueuses naturelles, cellules du système immunitaire chargées d’éliminer les cellules anormales de l’organisme, soient à l’origine de cette résistance chez les singes verts et les patients en rémission du VIH. Dans les deux cas, nous découvrons l’importance des réponses immunitaires innées(1), ce qui nous place sur une nouvelle piste, de type immunothérapie, visant, en combinaison avec d’autres thérapies, la guérison du VIH.»

 

Dans ce combat, les recherches s’orientent vers des combinaisons de molécules contrôlant la réplication virale – comme le font les antirétroviraux actuels – et de molécules améliorant les réponses immunes du patient traité, éventuellement par une « reprogrammation » métabolique des cellules immunitaires.

 

D’autres approches visent à rendre les cellules cibles du VIH moins vulnérables à leur destruction, donc plus résistantes à l’infection. Avec, à la clé, une diminution ou une élimination des réservoirs viraux pour arriver à de possibles rémissions permettant aux personnes séropositives de se passer durablement de traitement.

 

Des stratégies similaires ont déjà fait leurs preuves en oncologie, dans le traitement de certains cancers. À la différence des chimiothérapies, qui visent à tuer les cellules tumorales, de nouvelles approches thérapeutiques cherchent à améliorer les réponses immunitaires du malade du cancer. Chercheurs en cancérologie et chercheurs VIH apprennent mutuellement de leurs explorations et découvertes.

 

Vers un vaccin préventif ?

Quant à la quête d’un possible vaccin préventif contre le VIH, la découverte des effets neutralisants très puissants des anticorps à spectre large – ou anticorps bNAbs – donne une piste prometteuse. Après avoir enrayé la montée en puissance de la pandémie de VIH, les travaux des chercheurs parviendront- ils à éliminer le virus ? On peut l’espérer.

 

 

Pour aller plus loin

Le sida, toute une histoire… Après la découverte du virus du sida en 1983, la mobilisation des patients a boosté la recherche. Grand Prix du Festival de Cannes en 2017, le film 120 battements par minute, de Robin Campillo, retrace les « années sida », et l’émergence du mouvement Act Up. 

 

 

3 questions à… Michaela Müller-Trutwin, directrice de l’unité HIV, inflammation et persistance à l’Institut Pasteur, et coordinatrice de la recherche fondamentale à l’Agence nationale de recherche sur le sida.

 

Les antirétroviraux utilisés pour traiter le VIH sont des traitements à vie. Pourquoi ?

Le VIH est un rétrovirus : il intègre son génome dans celui des cellules du malade. Ce qui lui permet de rester caché. Lorsqu’un traitement est e¬fficace, donc que le virus n’est plus détectable dans le sang, celui-ci persiste néanmoins dans ces réservoirs viraux. Si le patient cesse de se soigner, le virus sort de ces réservoirs, entraînant un « rebond viral » dans les 15 à 60 jours.

 

Or les traitements sont lourds au quotidien…

Ils restent lourds, mais présentent de moins en moins d’effets secondaires. Les médecins disposent de plusieurs molécules à combiner pour s’adapter à chaque individu.

 

Ces trithérapies pourraient-elles être allégées dans un avenir proche ?

Effectivement, chez les patients bien contrôlés, beaucoup de recherches récentes montrent que le traitement pourrait être allégé. Des essais cliniques sont en cours et il pourrait être bientôt possible, pour les personnes séropositives, de prendre leur traitement 4 jours sur 7 (par exemple pour libérer les week-ends), de partir en vacances sans traitement, voire de le limiter à une injection par mois.

 

Notes

1. Par opposition aux réponses immunitaires adaptatives, constituées par les anticorps et les lymphocytes T cytotoxiques.

A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Barbara Delbrouck
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 08/12/2020

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