La Thyroïde : Discrète mais essentielle

La Thyroïde : Discrète mais essentielle

La thyroïde, c’est un peu le chef d’orchestre de notre corps. Identifier rapidement ses dysfonctionnements permet d’éviter les fausses notes (prise ou perte de poids, fatigue chronique, troubles de l’humeur…).


AU SOMMAIRE DE CET ARTICLE

La thyroïde est une petite glande située à la base du cou, juste sous la pomme d’Adam. Elle ressemble à un papillon aux ailes déployées avec ces deux lobes de la grosseur d’une phalange de pouce.

 

Sa mission ? Sécréter deux hormones, la triiodothyronine (dite T3) et la thyroxine (T4).Essentielles au bon équilibre de notre métabolisme, ces hormones thyroïdiennes régulent les dépenses énergétiques, le poids, le rythme cardiaque, l’énergie musculaire, la température du corps, la digestion, l’humeur, la libido, la concentration... Elles jouent aussi un rôle dans la qualité de la peau et des cheveux et sont indispensables à la croissance.

 

Un super système de régulation

L’iode est le « carburant » principal de la thyroïde. Cet oligoélément est indispensable à la fabrication des hormones T3 et T4.

 

La thyroïde le capte principalement dans l’alimentation, qui doit apporter environ 150 microgrammes d’iode par jour pour un adulte (200 pour les femmes enceintes et allaitantes). Pour que les hormones thyroïdiennes soient sécrétées en fonction des besoins de l’organisme, l’hypophyse – une petite glande logée dans le cerveau, qui est elle-même contrôlée par l’hypothalamus – fabrique une hormone régulatrice qui agit directement sur la thyroïde : la TSH (Thyroid Stimulating Hormone). La TSH stimule ou freine la production d’hormones thyroïdiennes. Mais, parfois, ce super système de régulation se grippe…

 

Quand la thyroïde tourne au ralenti

Fatigue, rythme cardiaque et digestion ralentis, prise de poids inexpliquée, frilosité, peau sèche, perte de cheveux, voix rauque ou enrouée… Quand la thyroïde ne produit pas assez d’hormones, l’organisme connaît une baisse de régime. On parle alors d’hypothyroïdie, qui est le trouble thyroïdien le plus courant.

 

L’hypothyroïdie survient souvent après 50 ans. Elle est le plus souvent due à un dérèglement bénin du système immunitaire : l’organisme produit des anticorps dirigés contre les cellules thyroïdiennes. Résultat, la production d’hormones T3 et T4 diminue. Dans la plupart des cas, l’hypothyroïdie est très bien traitée grâce à des hormones thyroïdiennes de synthèse, qui compensent le déficit en T3 et T4. En l’absence de facteur de risque, les hypothyroïdies ne s’accompagnant pas de symptômes lourds ne nécessitent pas forcément l’administration d’hormones de substitution*. Une surveillance régulière du dosage de l’hormone TSH peut parfois suffire. C’est, bien sûr, au médecin traitant d’en juger.

 

Quand elle s’emballe

Quand la thyroïde s’emballe, il s’agit alors d’hyperthyroïdie. Le corps entre en hyperfonctionnement : le cœur bat plus vite, on perd du poids alors que l’appétit augmente, on tremble, on ressent une grande nervosité, on a trop chaud, on transpire abondamment…

 

Plus rare que l’hypothyroïdie, l’hyperthyroïdie peut entraîner de sérieuses complications, notamment cardiaques, si elle n’est pas traitée.

 

La maladie de Basedow en est la cause la plus fréquente. Il s’agit là encore d’un dysfonctionnement du système immunitaire, le corps produisant des anticorps qui stimulent la thyroïde. En cas d’hyperthyroïdie, on utilise des médicaments qui diminuent la production excessive d’hormones thyroïdiennes. En parallèle, un traitement contre la nervosité et l’accélération de la fréquence cardiaque peut être mis en place.

 

Comment dépister un trouble de la thyroïde ?

En cas de soupçons de troubles, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant. Il commencera par observer et palper la base du cou. En touchant la thyroïde, il peut en effet en mesurer la taille, estimer sa consistance...

 

Pour analyser la production d’hormones, une prise de sang s’impose. On dose alors les quantités de T3 et T4, et de TSH sécrétées.

 

L’échographie, quant à elle, permet de visualiser la présence d’éventuels nodules (excroissances) et la scintigraphie, par injection d’iode radioactif, permet d’étudier plus précisément ces excroissances.

 

Enfin, pour analyser leur nature, une ponction de la thyroïde – qui consiste à prélever une infime quantité de cellules – peut être envisagée.

 

Et en cas de nodules ?

Un nodule thyroïdien est une grosseur localisée dans la glande thyroïde qui, le plus souvent, est indolore et ne provoque aucun symptôme.

 

Les nodules sont très répandus, notamment chez les femmes, et augmentent en nombre avec l’âge. Leur évolution est lente et, dans l’immense majorité des cas, les nodules sont bénins et ne nécessitent qu’une simple surveillance.

 

Les amis de la thyroïde...

Pour maintenir sa thyroïde en forme, avoir un bon équilibre alimentaire est recommandé.

 

Parce qu’ils sont riches en iode, dont cette précieuse glande a besoin pour fabriquer ses hormones T3 et T4, il est conseillé de manger du poisson ou des fruits de mer deux ou trois fois par semaine. Cela suffit à apporter la quantité d’iode nécessaire.

 

L’iode est aussi présent dans les légumes, l’ail, l’oignon, le soja, le jaune d’œuf, la viande, les laitages, les graines de citrouille, le seigle, ou le sel de table, systématiquement enrichi en iode.

 

Toutefois, pas d’excès avec le sel, qui est mauvais pour le système cardiovasculaire ! À l’instar de l’iode, le zinc et le sélénium (très présents dans les produits de la mer, les abats, la viande et les oléagineux) participent également à la production des T3 et des T4, tandis que la vitamine D les aide à pénétrer dans les cellules et à exercer leur action.

 

Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien si une supplémentation en vitamine D est nécessaire. Pensez aussi à l’activité physique (idéalement entre trente et quarante minutes trois fois par semaine) qui, en accélérant la circulation sanguine, permet de réguler l’action des hormones thyroïdiennes.


 

… et ses ennemis

Pour conserver une thyroïde en pleine forme, mieux vaut éviter le tabac. En effet, les substances toxiques qu’il contient la perturbent.

 

Le stress, quant à lui, peut empêcher la formation d’hormones thyroïdiennes. La relaxation, le yoga, la sophrologie, la méditation aident à le combattre.

 

Enfin, méfiez-vous des perturbateurs endocriniens ! Ces substances chimiques, d’origine naturelle ou artificielle, étrangères à l’organisme – comme les résidus de pesticides ou les additifs dans l’alimentation, le parabène dans les cosmétiques, etc. – peuvent perturber le système hormonal, dont fait partie la thyroïde. Privilégiez autant que possible les aliments bio, ou épluchez soigneusement fruits et légumes et lavez-les à grande eau.


À surveiller : Des moments phares

L’adolescence, la grossesse, la ménopause sont des étapes de la vie qui peuvent révéler des dysfonctionnements de la thyroïde. Ne négligez jamais un état de fatigue ou de stress inhabituel, une perte ou une prise de poids rapide, une altération de votre timbre de voix.

 

En cas de doute, consultez votre médecin traitant, qui pourra vous prescrire un bilan sanguin. Votre pharmacien, qui participe aux actions de prévention et de suivi des pathologies de la thyroïde, peut aussi vous fournir toutes les informations nécessaires, vous donner des conseils diététiques et, le cas échéant, assurer votre suivi lors de la mise en place d’un traitement substitutif par hormones thyroïdiennes.

 

Mes applis fûtées

Deux applications mobiles gratuites et très différentes mais qui, au final, peuvent vous aider à gérer les problèmes thyroïdiens.

 

e-thyroïde
Lancée par le laboratoire Bayer en partenariat avec l’association Vivre sans thyroïde, cette appli accompagne les patients atteints de dysfonctionnement thyroïdien afin de les aider à mieux vivre au quotidien : comprendre sa maladie et ses traitements, journal de bord, alertes…

 

Petit BamBou
Parce qu’il déclenche des sécrétions hormonales en cascade, le stress interfère avec les hormones thyroïdiennes. Cette appli, qui propose plus d’un millier de séances de méditation guidée (dont huit gratuites dans le programme découverte), saura faire retomber la pression.



« N’abusez pas de la consommation d’algues, riches en iode. En revanche, la spiruline*, pauvre en iode, ne présente aucun danger. »

* La spiruline est un micro-organisme présent dans l’eau douce.
Carole T., pharmacien dans les Pyrénées-Atlantiques


Pour aller plus loin

Thyroïde. Les solutions naturelles
Comment venir à bout d’une hypothyroïdie quand, en dépit des traitements, certains symptômes persistent ? Des conseils pratiques pour reprendre le contrôle de sa thyroïde naturellement (alimentation, plantes...) par un médecin spécialisé en nutrition.
Dr Philippe Veroli, Thierry Souccar, 2016.

 

Ma bible de la thyroïde
Tout savoir sur la thyroïde et ses problèmes en 180 questions-réponses, les 31 aliments stars et ceux à limiter, les 50 solutions pour éviter les perturbateurs endocriniens, les 50 recettes utiles pour rééquilibrer sa thyroïde… Bref, une véritable somme, conçue par un spécialiste !
Dr Pierre Nys, Leduc, 2020.

 

Et si c’était la thyroïde ?
Pratique et facile à lire, ce guide, présenté sous forme de 100 questions-réponses et rédigé par un endocrinologue-nutritionniste, vous permettra de mieux cerner comment fonctionne la thyroïde, de reconnaître les troubles qui y sont liés, et vous aidera à améliorer votre bien-être.
Dr Alain Scheimann, In Press, 2017.



3 questions au Dr Emmanuelle Lecornet-Sokol

Endocrinologue et co-autrice, avec Caroline Balma-Chaminadour, de Et si c’était hormonal ?, Hachette Pratique, 2019.
 

Le nombre de cancers de la thyroïde est-il en augmentation ?
Le cancer de la thyroïde est un cancer rare. Les progrès de l’échographie permettent aujourd’hui de détecter des lésions de très petite taille, qui seraient passées inaperçues en d’autres temps, et qui donnent lieu à des interventions chirurgicales beaucoup plus nombreuses.


Existe-t-il des facteurs de risque environnementaux ?
L’exposition aux radiations, notamment en cas de traitements par radiothérapie durant l’enfance ou l’adolescence, est l’un des principaux facteurs de risques, avec l’exposition aux rayonnements, à la suite d’essais ou d’accidents nucléaires. Si la preuve n’a pas été établie que les perturbateurs endocriniens jouent un rôle dans la survenue d’un cancer, on sait qu’ils peuvent influer sur le dysfonctionnement de la thyroïde. Le cancer de la thyroïde se développe très lentement – parfois sur dix, quinze, voire trente ans –, ce qui rend les analyses complexes. On ne peut souvent se baser que sur des études rétrospectives.


Quels traitements pour ce cancer ?
La chirurgie est le principal traitement. Elle consiste en l’ablation, partielle ou intégrale, de la thyroïde et, parfois, de ganglions situés à proximité. Cette ablation est quelquefois suivie de la prise d’une gélule d’iode radioactif. Le vie sans thyroïde est possible, avec un traitement hormonal (lévothyroxine) quotidien et un suivi régulier par un endocrinologue. Le taux de survie est très bon : à 5 ans après traitement, il est de 92 % pour les hommes et de 98 % pour les femmes.

 

 

 

A PROPOS DE CET ARTICLE
Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 29/11/2022

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