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Dans les pays développés, nous disposons aujourd’hui de cinq fois plus de temps libre qu’au début du xxe siècle. Or, qui dit loisirs et congés dit souvent évasion et liberté. "Au travail et dans la vie de tous les jours, nous avons l’impression d’être soumis à de plus en plus de contraintes et nous ressentons le besoin, pendant les vacances, de nous dépayser, de partir loin, justement, de ces contraintes quotidiennes. Nous voulons nous oxygéner, retrouver la nature et, pour cela, nous sommes prêts à nous envoler à l’autre bout de la planète", explique Thierry Libaert, maître de conférences à Sciences Politiques et membre du comité de Veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot. (1) "Or, ce type de vacances va précisément à l’encontre de notre envie d’air pur et de nature…"
Il n’y a pas que les loisirs directement "agressifs" pour la faune, comme la chasse à la palombe et au gibier d’eau, et pour l’environnement, comme le sport automobile tout-terrain Paris-Dakar par exemple)les compétitions de motos (Enduro au Touquet). D’autres sports, a priori "doux" comme le ski et le golf, mettent également à mal la nature car ils nécessitent des infrastructures considérables qui empiètent sur les paysages naturels et les remodèlent. "Mais les enjeux financiers sont tellement énormes… Le Maroc, par exemple, a annoncé l’an dernier son objectif de tripler le nombre de touristes annuels d’ici à 3 ans (soit 10 millions). Il va ainsi multiplier les hôtels et les golfs… qu’il faudra bien sûr arroser", déplore Thierry Libaert.
Même des loisirs sans effet apparent sur la nature comme la télévision et la lecture, supposent des matières premières, une production industrielle, de l’énergie consommée ; ils ont donc forcément un impact sur l’environnement. Ainsi, pour fabriquer toujours plus de papier, des pays comme le Nigeria, le Brésil et l’Indonésie détruisent leurs immenses forêts. "Chez nous, ce n’est pas le cas puisque nous régénérons constamment nos forêts. À ce titre, la France est un bon élève mais, au niveau mondial, la déforestation atteint des niveaux catastrophiques, ce qui a une incidence sur le climat de la planète."
Le tourisme de masse
C’est le "tourisme de masse" qui nuit le plus gravement à l’environnement. Sur tout le pourtour méditerranéen première destination touristique de la planète les constructions, serrées les unes contre les autres, ont déjà défiguré les paysages. Mais ce n’est pas tout. Les déchets rejetés dans la nature par des touristes peu sensibilisés à l’écologie abîment l’environnement pour longtemps. Savez-vous qu’une bouteille ou un sac en plastique mettent 450 ans à disparaître et une canette en aluminium 200 ans ? Hélas, le phénomène se mondialise et les ordures s’accumulent même sur l’Everest…
Avec la baisse du coût des transports aériens (contre laquelle il n’y a rien à dire), les voyages internationaux et intercontinentaux se sont démocratisés et le nombre de touristes a augmenté considérablement dans le monde entier. On part de plus en plus loin, même pour quelques jours. Par exemple, constate Thierry Libaert, "Saint-Domingue est devenue la première destination touristique parce que l’île a joué sur son côté "nature". Les constructions se sont multipliées mais ont finalement dévasté le pays ; les touristes ont l’impression factice de retrouver le contact avec la nature mais restent confinés dans des zones protégées, déconnectés de la population. Tout cela n’est guère écologique… Mais pour de nombreux pays, le tourisme est la seule ressource économique."
Des vacances "vertes" peu écologiques
Même les "vacances vertes", guidées en principe par l’attirance et le respect pour la nature - comme la randonnée devenue un loisir à la mode - peuvent avoir des effets pervers. Et dans des rivières comme l’Ardèche, le succès du canoë-kayak entraîne la destruction de la faune et de la flore, d’autant plus qu’en été le niveau de l’eau est au plus bas !
Pour Thierry Libaert, la plongée sous-marine illustre parfaitement l’ambiguïté d’une pratique pourtant associée à l’amour de la nature. "En mer Rouge, par exemple, des dizaines de bateaux déversent les plongeurs aux endroits les plus beaux. Résultat : les mouvements de palmes répétés par milliers soulèvent les fonds sableux et asphyxient les coraux."
Pour un comportement d’écocitoyen
Malgré tout, il se veut optimiste et préfère croire à une prise de conscience progressive. Sans donner véritablement de conseils, il incite les vacanciers (que nous sommes tous) à changer de comportement. Pour commencer, bien choisir sa destination : est-il nécessaire de faire 5 ou 6 heures d’avion pour se faire bronzer pendant une semaine ? Ensuite, préférer les tours-opérateurs (2)et les hôteliers soucieux de l’environnement et qui ont une approche de développement durable… mais si, il y en a !
"Trop de Français croient encore que demander aux touristes de trier leurs serviettes sales ou leur proposer du savon liquide (au lieu de savonnettes individuelles) n’est qu’un moyen pour l’hôtelier de faire un profit supplémentaire…", regrette-t-il.
À lire : "Combien de catastrophes avant d’agir", manifeste pour l’environnement, Nicolas Hulot et le comité de veille écologique, Le Seuil Point, 2003, 14 Euros.
Des chiffres qui parlent
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L’avion et l’effet de serre Nous émettons de plus en plus de gaz dits à effet de serre, surtout du gaz carbonique, qui engendre un réchauffement climatique qui commence à avoir des répercussions graves sur l’espèce humaine (augmentation des maladies tropicales, accroissement des problèmes liés à la malnutrition…) et sur la biodiversité (extinction d’espèces animales et végétales). Principaux responsables de cette augmentation des gaz à effet de serre : les activités industrielles, et aussi les transports. Mais tous les moyens de transport n’émettent pas la même quantité de dioxyde de carbone par passager. Un km parcouru en voiture revient ainsi à émettre 60 g de carbone dans l’air ; en bus, le km-passager n’équivaut qu’à 26 g de carbone et en train, il chute à 2,3 g. L’avion consomme en équivalent-gaz à effet de serre autant qu’un voyage en voiture pour une distance équivalente (en moyenne par passager).
Le problème est que les vacanciers partent de plus en plus loin et de plus en plus souvent. Partir en vacances à la Martinique par exemple revient à faire 10 allers-retours Paris-Marseille en voiture et, par conséquent, à rejeter grosso modo 10 fois plus de gaz carbonique que si vous aviez passé vos vacances en France. Et comme les avions circulent dans la haute atmosphère, la vapeur d’eau émise en brûlant le kérosène y reste piégée, ce qui renforce encore l’effet de serre… |
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Notes : (1)Fondation pour la nature et l’homme, 52 bd Malesherbes, 75008 Paris, tél. 01 44 90 83 00, fax 01 44 90 83 19, site Internet www.fnh.org ]]. (2)Atalante, Allibert, Grand nord grand large, Terres d’aventures… (3)1 stère correspond à la quantité de bois qui remplit un volume de 1 m3. |
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