Bore-out : quand le travail se transforme en ennui

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Regarder les minutes s’égrainer, enchaîner les pauses-café, ne pas avoir suffisamment de travail…, voilà le lot quotidien de certaines personnes dès qu’elles passent la porte du bureau. Un ennui tellement important qu’il peut mener à la dépression. Nom de code : le bore-out.

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Rédigé par : Élise Dubuisson
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 01/09/2016

« Je suis embauché depuis 15 ans dans une société mais depuis près d’un an, je n’ai plus de travail ! En gros, je suis au chômage au travail… dur, dur… », François 35 ans. « Je traîne, je traîne, car je me dis que quand j’aurai terminé cette tâche, je n’aurai plus rien à faire, j’ai peur du vide », Anne 42 ans. « Quand on n’a rien fait de sa journée, on est plus fatigué que si on avait vraiment travaillé… », Catherine 38 ans.
Derrière ces témoignages qui peuvent faire sourire se cache une véritable souffrance : celle de passer ses journées à ne rien faire. Non pas parce qu’on n’a pas envie de travailler mais parce qu’il n’y a réellement rien à faire. « On parle beaucoup de la situation inverse, celle qui mène au burn-out et est liée à une charge de travail trop importante. Mais n’avoir rien à faire de ses journées peut être tout aussi destructeur et mener à une forme de dépression baptisée bore-out », explique Christian Bourion, professeur à ICN Business School Nancy-Metz et rédacteur en chef de la Revue Internationale de Psychosociologie et de gestion des Comportements Organisationnels (RIPCO). « Le travail est aujourd’hui le principal miroir dans lequel on s’évalue, on se jauge, on fabrique sa personnalité et son image de soi. Dans ce contexte, n’avoir rien à faire et ne plus jamais être stimulé intellectuellement est extrêmement dévalorisant voire, pour certains, culpabilisant. »  

 

Bore-out : un sujet encore tabou

Par ailleurs, dans une société où il est difficile de trouver un travail, avouer que l’on est payé à ne rien faire est loin d’être chose facile. « De nos jours, avoir un travail est considéré comme une chance. Déclarer s’ennuyer au travail peut donc être très mal perçu et même entraîner des réactions haineuses. Il reste alors peu de place pour avouer qu’en plus on en souffre », souligne Christian Bourion. Résultat, nombreuses sont les personnes qui souffrent de bore-out sans oser en parler et ne savent pas comment sortir de cette souffrance. « Heureusement, la parole commence petit à petit à se libérer en France, mais il reste néanmoins beaucoup à faire. »

 

Ennui au travail : quelles sont les professions à risque ?

Toutes les professions ne sont pas égales face au bore-out, certaines sont beaucoup plus à risque que d’autres ! « C’est notamment le cas des emplois sans activité dont la tâche consiste à faire du “ présentiel vigilant ”. Même si l’oisiveté qu’impliquent ces fonctions a du sens, ces postes peuvent être très ennuyeux. Viennent ensuite les fonctionnaires. En effet, dans la fonction publique, le licenciement est impossible à un coût raisonnable. Ce qui pousse à maintenir les postes, même s’il n’y a – presque – plus rien à faire. Tous secteurs confondus, on estime qu’en France 30 % des salariés en poste sont en chômage partiel ou total à l’intérieur même de leur poste. »

 

Bore-out : comment réagir ?

Seule solution pour sortir d’un bore-out ? Retrouver du sens dans ce que l’on fait. « Prendre conscience de sa situation constitue la première étape pour limiter les conséquences du bore-out. Il s’agit ensuite de prendre du recul afin de réaliser que l’on ne se définit pas uniquement dans le travail; la famille, les hobbys, les amitiés sont tout aussi importants pour se sentir utile. »  Dès qu’on a retrouvé une certaine sérénité, il reste deux options :

  • retrouver une activité au sein de son travail. Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à dialoguer avec sa hiérarchie et signaler que l’on désire/mérite mieux qu’un poste vide de sens ;

  • démissionner pour un poste plus valorisant, voire pour créer son propre travail. Attention, se contenter de quitter son travail sans plan B entraînera une nouvelle réduction de l’activité – plus besoin de se lever, de s’habiller, de se rendre au travail, etc. - et accentuera les symptômes du bore-out.  

« Il ne faut jamais perdre de vue que seule une augmentation de l’activité peut améliorer l’état de santé du salarié en bore-out », conclut Christian Bourion.

 

Bore-out : quels symptômes ?

Tout comme le burn-out, le bore-out s’installe insidieusement et peut être difficile à déceler. De manière générale, il se caractérise par une baisse de moral, un ennui et/ou une dépression.

Par ailleurs, certains comportements doivent alerter :

  • réduire son temps de présence au travail,

  • « voler » le travail des autres,

  • ralentir le rythme,

  • surfer sur internet,

  • s’inventer de nouvelles tâches,

  • occuper son temps à discuter avec ses collègues.


Un livre
« Le bore-out syndrom : quand l’ennui au travail rend fou », de Christian Bourion. Éditions : Albin Michel.

 

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