Migraine : une vraie maladie qui se soigne

Migraine : une vraie maladie qui se soigne.

Près de 7 millions de Français souffrent de migraines. C’est donc une maladie très répandue, mais aussi terriblement handicapante. Pourtant, elle est sous-médicalisée, sousdiagnostiquée et donc sous-traitée alors que des médicaments spécifiques existent, déplore le Pr Gilles Géraud, chef du service de neurologie au CHU Rangueil-Toulouse.

En France comme partout, la migraine est fréquente et touche tous les milieux sociaux. 12,5 % des Français de 18 à 65 ans ont des migraines(1), soit au total quelque 7 millions d’individus ! Autant de filles que de garçons(2) pendant l’enfance mais trois fois plus de femmes que d’hommes à l’âge adulte(1).

Normal puisque les hormones féminines jouent un rôle dans le déclenchement des crises de migraine. Au moment de la puberté, les adolescentes commencent à creuser l’écart pour atteindre un maximum entre 30 et 40 ans : dans cette tranche d’âge, 1 femme sur 5 est migraineuse(1). Après la ménopause, la prépondérance féminine diminue : 2 femmes pour 1 homme après 70 ans(2). À savoir : quasiment tous les migraineux ont leur première crise avant l’âge de 40 ans(2). Quand le début est plus tardif, il faut se méfier et consulter rapidement pour rechercher une autre cause, pouvant être plus grave (accident vasculaire cérébral, tumeur cérébrale…).

3 crises par an ou… par semaine

D’un migraineux à l’autre, le nombre de crises varie beaucoup. Certains en ont plusieurs par semaine, d’autres une par mois et d’autres encore seulement une ou deux par an. La migraine peut aussi être plus ou moins forte et tenace et même fluctuer chez une même personne en fonction de l’âge et des circonstances  :

les crises peuvent durer (sans traitement) de moins de 4 heures à plusieurs jours d’affilée. Mais toutes sont pénibles à vivre. Plus de 85 % des migraineux(1) estiment que leur maladie

  • car c’en est une vraie - les handicape à leur travail et qu’elle retentit sur leur vie familiale et sociale.

Pourtant, regrette le Pr Gilles Géraud, "la migraine n’est pas toujours prise au sérieux… L’entourage et l’employeur sont souvent sceptiques et les migraineux hésitent à se plaindre de peur qu’on les prenne pour des douillets ou qu’on les accuse de raconter des "bobards" destinés à éviter une corvée".

D’autres qui ont vu leur mère ou leur grand-mère souffrir en silence croient qu’il n’y a pas grand-chose à faire et se montrent fatalistes.

Des migraineux qui s’ignorent

Résultat : 30 à 45 % des migraineux(3) ne consultent pas pour leur migraine et ignorent qu’ils le sont. Les migraineux ne sont donc pas traités comme ils le devraient, avec des médicaments adaptés.

En général, ils se débrouillent tout seuls avec des médicaments… peu ou pas efficaces et dont ils augmenteront les doses en prenant des risques. Le fait que la migraine se manifeste par crises et ne constitue pas un handicap permanent, freine aussi la prise en charge de la maladie, ajoute le Pr Géraud. "Au moment de la crise, le migraineux, ou plus souvent la migraineuse, ferait n’importe quoi pour ne plus avoir mal mais une fois la crise passée, il oublie vite l’importance de son handicap… jusqu’au prochain accès.

S’il a pris la décision, sur le coup, de voir un médecin et s’il n’a pas eu d’autre crise avant la date du rendez-vous fixé, il a tendance à annuler la consultation ou bien minimise ses symptômes en se demandant pourquoi finalement il consulte. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il n’aura plus de migraine…"

Une maladie qui gâche la vie

Or, même si la migraine n’est pas grave, c’est une vraie maladie qui peut gâcher la vie familiale, sociale et professionnelle. "Les migraineux ont souvent une extrême fragilité vis-à-vis des excès, des écarts. Ils ont une crise dès qu’ils sortent de leur schéma de vie habituel (écart alimentaire, changements d’horaires de sommeil, voyage, soirée dans une atmosphère bruyante et enfumée…)", explique le Pr Géraud. "Craignant une crise, certains rétrécissent volontairement leur champ d’activité, limitent leurs sorties, refusent les invitations et ont tendance à se replier."

D’autres vivent dans la hantise de ces crises imprévisibles qui risquent de survenir au plus mauvais moment (examen, réunion importante, rendez-vous amoureux…).

Aujourd’hui, de telles attitudes ne sont plus admissibles, insiste le Pr Géraud. Quand les maux de tête se répètent et altèrent la qualité de vie, il faut en parler. "À l’aide de quelques questions, le pharmacien peut déjà donner des conseils et aiguiller au besoin vers un médecin. Lequel saura distinguer une "vraie" migraine d’autres céphalées et prescrira des médicaments adaptés."

Un mal de tête particulier

On dit couramment "j’ai la migraine" pour "j’ai mal à la tête" et vice versa. À tort car tous les maux de tête ne sont pas identiques ; ils n’ont ni les mêmes causes ni les mêmes mécanismes.

La migraine se différencie en effet d’un banal mal de tête, même intense, et se caractérise par des symptômes bien particuliers. La douleur est souvent forte, pulsatile (elle bat au même rythme que le coeur ou les artères), "tape" comme un marteau et prédomine généralement d’un seul côté du crâne, du moins en début de crise.

Elle s’accompagne souvent de nausées, de vomissements ; la lumière, le bruit, un effort, une activité physique (se pencher en avant, monter un escalier, soulever une charge…) accentuent la douleur.

Vous vous demandez si vos maux de tête ne sont pas, en fait, des crises migraineuses ? Faites le test et n’hésitez pas à consulter un médecin au moindre doute.

MAL DE TÊTE OU MIGRAINE ? TESTEZ-VOUS !

1- Vos maux de tête surviennent-ils par crises qui durent de 4 à 72 heures et entre lesquelles vous ne souffrez pas ?

  • Si vous répondez "NON", inutile d’aller plus loin, cherchez ailleurs la cause de vos maux de tête.
  • Si c’est "OUI", complétez la suite du questionnaire.

2- Pendant les crises, votre mal de tête :

  • siège-t-il exclusivement d’un côté ou prédomine-t-il d’un côté ? OUI NON
  • est-il battant au rythme du coeur ? OUI NON
  • est-il sévère au point d’entraver vos activités quotidiennes ? OUI NON
  • est-il aggravé par l’effort physique ? OUI NON

3- Pendant les crises :

  • avez-vous des nausées ? OUI NON
  • avez-vous des vomissements ? OUI NON
  • le bruit et la lumière vous sont-ils pénibles ? OUI NON

Si vous avez répondu OUI au moins deux fois à la question n°2 et au moins une fois à la question n°3, vous êtes probablement migraineux. Parlez-en à votre médecin.

Questionnaire établi par l’ADNLA (Association pour le développement des neurosciences à l’hôpital Lariboisière).

Avec ou sans aura ?

D’autres signes peuvent vous mettre sur la voie. Dans 10 à 20 % des cas, la crise migraineuse débute en effet par des troubles neurologiques appelés "aura".

Ces symptômes, le plus souvent visuels (disparition d’une partie du champ visuel, phénomènes scintillants, vision floue…), durent en moyenne 10 à 30 minutes et disparaissent en général quand le mal à la tête se déclare.

Par ailleurs, que la migraine soit "avec" ou "sans aura", comme disent les médecins, elle peut être annoncée dans les heures ou la journée qui la précèdent par des signes avant-coureurs (ou prodromes)  : bâillements, sensation de faim, irritabilité, excitation ou tristesse inexpliquée.

Source : Bien être et Santé. Auteur : Evelyne Oudry

1. Étude FRAMIG 99-I. Caractéristiques des patients migraineux. Lantéri-Minet M, Lucas C, Leroy L. La Lettre du neurologue 2000 ; 4 (suppl 5) : 8-10. Étude FRAMIG 2000-II. Comportements thérapeutiques des migraineux. Lucas C, Lantéri-Minet M, Chaffaut C. Douleurs 2001 ; 2 : 240-6.

2. La migraine, mieux la connaître, mieux la soigner, Gilles Géraud, Les Essentiels Milan, 2003, 4 €.

3. ANAES, Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et l’enfant : aspects cliniques et économiques, recommandations, octobre 2002.

LES HOMMES AUSSI

Même si les femmes sont plus touchées, la migraine n’épargne pas les hommes. Témoins Pascal, Victor Hugo, Chopin, Lewis Caroll et bien d’autres. Mais le sexe dit fort a encore du mal à avouer qu’il peut souffrir d’une affection "de bonne femme". Du coup, le retard au diagnostic et au traitement est encore plus fréquent chez les hommes.

Il peut s’agir de céphalées d’effort, autrement dit de maux de tête déclenchés par un effort physique ou sportif (course, tennis, aviron, plongée sous-marine…) ou bien… sexuel. Ces maux de tête sont effectivement plus masculins que féminins, mais les hommes souffrent aussi de vraies migraines présentant les mêmes caractéristiques que celles des femmes.

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